Travaux 2013

Prix SFETD « Gisèle Guibaud »

Lauréat : Pierre-Eric Juif

(Institut des Neurosciences Cellulaires & Intégratives  - Equipe : Déterminants Moléculaires de la Douleur  - Strasbourg)
 

« Conséquences fonctionnelles de la séparation maternelle sur la mise en place et l'efficacité des circuits nociceptifs spinaux »

Présentation de l’étude

La prématurité est associée à des troubles comportementaux et une hypersensibilité douloureuse. Du fait de l’immaturité du système nociceptif du rat, l’exposition à un stress psychosocial a permis d’établir un modèle préclinique reproduisant la symptomatologie observée en clinique chez les prématurés. L’objet du projet est d’étudier les altérations développementales liées à ce stress. Pour ce faire, nous proposons d’utiliser des approches électrophysiologiques, comportementales et moléculaires. La première partie de cette étude tentera de déterminer d’éventuelles altérations lors de la mise en place fonctionnelle des fibres C nociceptives au 14ème jour postnatal (P14) chez des animaux stressés. Dans un second temps, nous étudierons à P24 l’efficacité d’une voie descendante inhibitrice qui a été montrée comme étant efficace à P21. Enfin nous proposons une étude comportementale en utilisant plusieurs paradigmes de nage forcée provoquant une analgésie opioidergique ou non car l’efficacité des contrôles opioidergiques est complète à la fin de la troisième semaine de vie.

La séparation maternelle chez le rat est un stress néonatal qui permet de modéliser la prématurité en clinique. Ce stress a des conséquences majeures à long terme comme cela est décrit dans la littérature mais aussi à court terme car il semble affecter la mise en place du système nociceptif spinal. Le système nociceptif est essentiel à la survie et une telle altération de ce système peut avoir un impact majeur sur la physiologie de l’individu arrivé à l’âge adulte. Ainsi, la meilleure connaissance des mécanismes mis en cause pourrait permettre de mettre au point une approche thérapeutique de sauvetage afin de corriger une éventuelle défaillance du système nociceptif spinal explosé à des stimulations douloureuses. Cette étude peut avoir une grande importance d’un point de vue clinique car elle pourrait ainsi permettre l’élaboration de nouvelles thérapies. Ceci est particulièrement pertinent lorsque l’on appréhende la grande prématurité comme étant un phénomène de santé publique.

Prix SFETD-Institut UPSA de la Douleur

Lauréate : Emilie Chrétien

(Hospices Civils de Lyon - Hôpital de la Croix-Rousse - Service d'Anesthésie et de Réanimation)
 

« Méta-analyse en réseau des essais thérapeutiques randomisés des traitements de la douleur ostéo-articulaire par le dextropropoxyphène et ses traitements de substitution »

Présentation de l’étude

Reflet de la qualité d’un système de soins, l’évaluation et la prise en charge de la douleur font partie des enjeux prioritaires de la politique de santé publique. Dans ce contexte, l’analyse des conséquences du retrait de l’antalgique le plus prescrit et consommé en France, le dextropropoxyphène (DXP), est particulièrement pertinent. Avec 8 millions de consommateurs avant son retrait, la France était le plus gros utilisateur européen de DXP1. Commercialisé uniquement en association avec le paracétamol (PC), cet antalgique était principalement indiqué pour le traitement des douleurs rhumatismales, et dans une moindre mesure pour les douleurs dentaires, post-chirurgicales et post-traumatiques2.

Notre objectif est de comparer, par la méta-analyse et dans un contexte de traitement de la douleur ostéo-articulaire, les profils de sécurité associés au DXP/PC et à chacun de ses traitements de remplacement précédemment identifiés, à savoir le PC seul, le TRM/PC et la COD/PC. Les études comparant ces traitements au placebo ou entre eux sont suffisamment nombreuses pour réaliser une revue systématique propre. Pour comparer la tolérance de ces traitements par rapport au DXP/PC, nous proposons de suivre une méthode d’analyse statistique innovante, la méta-analyse en réseau. La méta-analyse en réseau permet d’estimer la sécurité et l’efficacité relative pour toutes les comparaisons deux à deux des traitements. Le réseau désigne les traitements disponibles et les comparaisons directes existantes entre ces traitements (essais contrôlés randomisés). La méta-analyse en réseau consiste ensuite en une synthèse quantitative globale, utilisant les comparaisons directes existantes aussi bien que les comparaisons indirectes réalisables. Dans la comparaison indirecte, l’efficacité des deux traitements A et B est comparée par l’intermédiaire de l’efficacité respective des deux traitements par rapport à un comparateur commun. De ce fait, elle ne détruit pas la randomisation et conserve les propriétés méthodologiques de l’essai contrôlé randomisé. Cette méthode permettra donc d’établir un classement des traitements en termes de tolérance et d’efficacité.

Cette étude permettra de comparer pour la première fois, par une approche innovante encore peu exploitée, les profils de sécurité des traitements de remplacement du DXP/PC afin d’appréhender l’impact de ces traitements sur l’évolution de la morbi-mortalité associée à la consommation d’antalgiques et potentiellement adapter la prise en charge de la douleur depuis le retrait du DXP.

Prix SFETD-Fondation APICIL

Lauréat : Ronald GUILLOUX

(Maternité de Givors -  Service de Gynécologie Obstétrique)
 

« Etude sociologique qualitative exploratoire sur la prise en soin non médicamenteuse des douleurs autour de la naissance dans le pôle physiologique de l'Hôpital de Givors : confronter les discours, les pratiques et les expériences des parturientes et des sages-femmes »

Présentation de l’étude

Si les chercheurs en sciences humaines se sont intéressés aux rapports entre douleur et accouchement, il est étonnant de constater que leurs analyses se sont limitées à l’ASD et la MPP.
Cet impensé des sciences humaines abouti à un réductionnisme : considérer que toutes les méthodes non médicamenteuses de prise en soin des douleurs autour de la naissance sont psychoprophylactiques, psychologiques. C’est une façon de considérer tout en bloc, en transférant la notion fourre-tout de « médecines parallèles » du champ médical vers le domaine de la naissance en particulier : la notion de MPP dans le discours des sciences humaines remplace ainsi la notion de médecines parallèles dans le discours médical.

Selon nous, un tel discours empêche le chercheur d’explorer ces pratiques sur le terrain, puisqu’il considère a priori que ces pratiques ne sont que des variantes psychologiques de la MPP.
Or la grande question ouverte par les analyses précédentes est la suivante : une fois que les femmes ont fait le choix de l’accouchement dans un pôle physiologique, comment font-elles (quel est leur rôle propre ?) et comment fait-on avec elles (quel est le rôle des soignantes ?) ?

Notre questionnement se démarque de la logique des essais cliniques. Il ne s’agit pas de prouver l’efficacité des MCA dans le soulagement des douleurs autour de la naissance, ni de désigner le meilleur modèle obstétrical. Dans une logique qualitative, il s’agit d’interroger le sens des pratiques d’accouchement physiologique, c’est-à-dire des pratiques non-médicamenteuses pour soulager les douleurs autour de la naissance. Ce sens demande à être interrogé, tant du point de vue des parturientes que des soignantes, afin d'identifier les modalités de prises en soin non médicamenteuses des douleurs autour de la naissance et de confronter les expériences des parturientes et des soignantes